Conversations d’une petite fille avec sa poupée / Suivies de l’histoire de la poupée

Produced by Carlo Traverso, Christine De Ryck and PG
Distributed Proofreaders. This file was produced from
images generously made available by the Bibliothèque
nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr.

CONVERSATIONS D’UNE PETITE FILLE AVEC SA POUPÉE.

[Illustration: Conversations d’une petite Fille. Frontispiece.
Il ne faut jamais mentir, Mademoiselle: c’est fort mal! Pour votre peine,
vous allez avoir le fouet!
]

* * * * *

CONVERSATIONS D’UNE PETITE FILLE AVEC SA POUPÉE,

SUIVIES DE
L’HISTOIRE DE LA POUPÉE;

PAR Mme. DE RENNEVILLE,

AUTEUR du Petit Charbonnier de la Forêt Noire.

OUVRAGE ORNÉ DE ONZE GRAVURES.

* * * * *

INTRODUCTION.

Monsieur et madame Belmont avoient une petite fille de cinq ans, appelée
Mimi; elle étoit blanche comme du lait, et douce comme un petit agneau.
Mimi ne désobéissoit jamais à sa maman. Pour ne point faire de bruit, elle
prenoit sa poupée, s’asseyoit dans un coin de la chambre, et causoit avec
elle. Mimi faisoit la maman. Zozo, c’est ainsi qu’elle nommoit sa poupée,
était sa fille. La petite maman répondoit pour Zozo, comme on peut le
croire. Si la poupée répondoit bien, elle étoit récompensée; si elle
répondoit mal, elle étoit punie.

Dans ces conversations, Mimi répétoit exactement tout ce que lui disoit sa
mère, qui s’en amusoit, et prenoit quelquefois part à ce léger badinage,
sans que Mimi en fût plus déconcertée. Mimi prenoit aussi un grand plaisir
à faire la petite maîtresse: Zozo étoit examinée le matin, après dîner,
quand madame Belmont rentroit, en revenant de la promenade, et le soir
avant de se coucher.

PREMIÈRE CONVERSATION.

Mimi est habillée; elle a déjeuné, et se prépare à faire la toilette de sa
fille, Mimi questionne ainsi sa poupée:

Zozo, avez-vous pleuré quand on vous a débarbouillée?—Non,
maman.—Avez-vous lavé vos mains?—Oui, maman.—Avez-vous fait votre
prière?—Oui, maman.—C’est le bon Dieu, ma fille, qui vous a donné votre
papa et votre maman; c’est lui qui tous les jours vous donne de quoi vous
nourrir et vous habiller; il faut bien l’aimer! Avez-vous souhaité le
bonjour à papa et à maman?—Oui, maman.—Bien, ma fille; je suis contente
de vous. Jeannette, apportez la belle robe de crêpe rose de Zozo, celle qui
est garnie de fleurs; mais comme elle est déchirée!… C’est vous, Zozo,
qui avez fait cela?—Maman, je ne le ferai plus!—Mademoiselle, pour votre
pénitence, vous mangerez votre pain sec…. Il est bien temps de
pleurer!—Ma petite maman, je ne déchirerai plus ma robe; jamais,
jamais!… c’est un arbre du Luxembourg qui m’a accrochée.—Comment, Zozo,
je ne voyais pas, vraiment! cette robe est toute tachée!… Fi! que c’est
laid d’être malpropre!… Mademoiselle, vous mettrez aujourd’hui votre robe
sale. Allez, je ne veux plus vous voir! (elle la conduit dans un coin.)
Tournez-vous du côté du mur, et restez là. Oh! la laide! oui, pleurez à
présent.—Ce sont les confitures qui ont taché ma robe.—Vous raisonnez, je
crois! Si ce sont les confitures, vous n’en aurez plus. Vous pleurez,
encore plus fort! ah! mademoiselle, vous êtes gourmande! je suis bien aise
de le savoir! du pain sec, c’est ce qu’il faut aux gourmands. Allons, venez
lire. Si vous dites bien votre leçon, je vous pardonnerai. Voyons, dites
vos lettres.

ZOZO.

a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, x, y, z,
etc.

MIMI.

Bien. Épelez à présent.

ZOZO.

ba, be, bi, bo, bu.

MIMI.

On ne dit pas , mais be.

ZOZO.

ca, ce, ci, co, cu.

MIMI.

C’est très-mal, ça. On dit ka, ce, ci, ko, ku; entendez-vous, mademoiselle,
et souvenez-vous-en.

ZOZO.

da, de, di, do, du.

MIMI.

Toujours la même faute! On ne dit pas , mais de. Faites-y donc
attention!

ZOZO.

fa, fe, fi, fo, fu.

MIMI.

Vous êtes incorrigible, Zozo. Dites fe et non pas .

Mais en voilà assez. Comptez jusqu’à vingt.

ZOZO.

Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze,
treize, quatorze, quinze, seize, dix-sept, dix-huit, dix-neuf, vingt.

MIMI.

Combien y a-t-il de voyelles?

ZOZO.

Cinq: a, e, i, o, u.

MIMI.

Et de consonnes?

ZOZO.

Dix-neuf: b, c, d, f, g, h, j, k, l, m, n, p, q, r, s, t, v, x, z.

MIMI.

Bien, ma fille, je suis contente de toi; viens embrasser ta maman!

Si tu savois, Zozo, comme tu es gentille quand tu es sage, tu ne te ferois
jamais gronder! et puis tu mangerois toujours de bonnes choses; je te
donnerois de beaux chiffons pour récompenses, tu serois caressée de tout
le monde! Est-ce que tu n’aimes pas les bonbons et les joujoux?—
Pardonnez-moi, maman.—Eh bien! Zozo, il faut être bien sage, et tu en
auras.

Mimi et Zozo étaient fort bien ensemble, lorsque madame Belmont appela sa
fille pour l’envoyer promener avec sa bonne. Mimi courut à sa maman, et
par sa précipitation, renversa sa poupée, qui entraîna avec elle la boîte
aux joujoux. Jeannette n’étant pas encore prête, Mimi revint auprès de
Zozo, qu’elle trouva étendue par terre, le nez sur le parquet, et les
chiffons éparpillés autour d’elle. Elle releva sa poupée, et lui demanda,
en colère, qui avoit renversé ses chiffons?—Ce n’est pas moi, maman.—Vous
mentez, Zozo! personne n’est entré ici. Vous aurez voulu voir les fleurs
d’or qui sont dans ma boîte. Il ne faut jamais mentir, mademoiselle; c’est
fort mal! vous allez avoir le fouet! Jeannette, apportez-moi les
verges.—Je ne le ferai plus, maman (elle pleure). Mimi, après l’avoir
fouettée: Ah! ah! je vous apprendrai à mentir! fi! rien n’est si vilain que
cela! Mimi en étoit là de sa réprimande, quand madame Belmont l’appela de
nouveau. Après avoir rangé ses chiffons, la petite s’en alla avec
Jeannette. Elle voulut bien pardonner à Zozo, et l’emmena avec elle.

Quand elles furent au Luxembourg, Mimi raconta à sa bonne les grands sujets

Pages: 1 | 2 | 3 | 4 |... 5 ... | Single Page