La vie simple

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La
Vie Simple

PAR
C. WAGNER
Auteur de «Jeunesse»

DOUZIÈME ÉDITION

PARIS
Librairie Armand Colin

5, rue de Mézières, 5

1908

Droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.

OUVRAGES DE C. WAGNER

Auprès du Foyer (6e édition). Un volume in-18 jésus, broché (Librairie Armand Colin)350
Justice. Huit discours (7e édition). Un volume in-12, broché (Fischbacher)350
Jeunesse. Ouvrage couronné par l’Académie française (2e édition). Un volume in-12, broché (Fischbacher)350
Vaillance. Ouvrage honoré d’une souscription du Ministère de l’Instruction publique (18e édition). Un volume in-12, broché (Fischbacher)350
Le long du chemin (4e édition). Un volume in-12, broché (Fischbacher)2»
L’Évangile et la vie. Discours (4e édition). Un volume in-12, broché (Fischbacher)350
Sois un homme! Simples causeries sur la conduite de la vie (2e édition). Un volume in-12, br. (Fischbacher).125
Relié2»
L’Ame des choses (2e édition). Un volume in-12, broché (Fischbacher)350
L’Ami. Dialogues intérieurs (3e édition). Un volume in-12 (Fischbacher)350
Histoires et Farciboles, pour les enfants. Un volume in-8 illustré par René Henriquez (Fischbacher). 
Libre Pensée et Protestantisme libéral. 4 lettres de Ferdinand Brisson avec réponses de C. Wagner. Un volume in-12.

145–08.—Coulommiers. Imp. Paul BRODARD.—P2–08.

À
LA MÉMOIRE DE MA MÈRE

PRÉFACE DE LA NEUVIÈME ÉDITION

Aujourd’hui que La Vie simple a été tellement réimprimée que les vieux clichés sont usés et qu’il faut recomposer le texte à nouveau, il ne sera sans doute pas dépourvu d’intérêt de noter ici quelques faits concernant l’origine et la destinée de ce livre.

Le lendemain d’une allocution de mariage entendue par M. Armand Colin et traitant le sujet de la Vie simple en son application au foyer domestique, l’éditeur parisien m’écrivit:

«Faites-nous donc un livre sur la «Vie simple». Rien ne serait plus actuel ni plus nécessaire.»

Six mois plus tard le livre paraissait.

Il eut une bonne presse et un meilleur public. Les lecteurs lui firent de l’un à l’autre cette familière et solide réclame par laquelle on se recommande mutuellement ses livres comme on se présente ses amis. Il fut vite connu, et sans faire le moindre bruit se répandit et se traduisit à travers l’Europe.

En 1901, miss Marie-Louise Hendee le traduisit en élégant anglais pour la maison Mc Clure de New-York. Un romancier américain de marque, miss Grace King, le faisait précéder d’une notice écrite avec beaucoup de soin et de grâce.

Déjà le livre commençait à marcher d’un bon train aux États-Unis, lorsque le Président Roosevelt le lut et en fut particulièrement frappé. Il écrivit à l’auteur: «Je prêche vos livres à mes compatriotes.» Il recommanda aux Américains la lecture de La Vie simple dans deux discours publics retentissants, l’un à Bangor, l’autre à Philadelphie. Il invita enfin l’auteur à venir en Amérique et le 22 novembre 1904, au grand théâtre de Lafayette-Square à Washington, le présenta lui-même au public en ouvrant son discours par ces mots: «Ceci est la première fois et sera en même temps la seule et unique, que durant ma Présidence je présente un orateur à un auditoire. Et je suis plus qu’heureux de le faire en cette occasion, car, s’il y a un livre que je désire voir lire comme un tract, et un tract intéressant, par notre peuple entier, c’est La Vie simple, écrite par M. Wagner. Il y a d’autres de ses livres dont nous pouvons tirer grand bien. Mais il n’est, à ma connaissance, aucun ouvrage écrit ces dernières années, ici ou à l’étranger, qui contienne autant de choses que nous autres enfants d’Amérique nous devions prendre à cœur, que La Vie simple.

Dans un récent et beau voyage aux États-Unis, j’ai pu me convaincre à quel point l’Amérique avait suivi le conseil de son Président.

Les familles, les universités, les hommes d’affaires, un large public recruté dans les milieux les plus divers, s’est mis à lire le livre. Les journaux l’ont publié en feuilleton, les prédicateurs en ont tiré des séries de discours, les dessinateurs des caricatures. En dernier lieu les éditions populaires se criaient dans les rues par les camelots.

Tout cela est une preuve que ce livre est venu en son temps et répond à un besoin profond de simplification au milieu de cette époque agitée et complexe.

Par un effet très naturel, le succès extraordinaire des traductions rejaillit aujourd’hui sur l’édition française et lui imprime une énergie nouvelle.

Puissent ces pages, en se répandant, ramener l’attention de beaucoup de nos contemporains sur le premier de tous les sujets: l’emploi et l’organisation de la vie.

Et puissions-nous en méditant sur ce problème des problèmes arriver à comprendre que le bonheur, la force et la beauté de l’existence ont pour une grande part leur source dans l’esprit de Simplicité.

Charles Wagner.

Paris, février 1905.

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Le malade miné par la fièvre, dévoré par la soif, rêve pendant son sommeil d’un frais ruisseau où il se baigne, ou d’une claire fontaine où il boit à grandes gorgées. Ainsi dans l’agitation compliquée de l’existence moderne, nos âmes exténuées rêvent de simplicité.

Ce qu’on appelle de ce beau nom, serait-il un bien à jamais disparu? Je ne le pense pas. Si la simplicité se trouvait liée à quelques circonstances exceptionnelles que de rares époques ont seules connues, il faudrait renoncer à la réaliser encore. On ne ramène pas les civilisations vers leurs origines, pas plus qu’on ne ramène les fleuves aux flots troublés vers le vallon tranquille où les branches des aulnes se rejoignaient sur leur source.

Mais la simplicité ne dépend pas de telles ou telles conditions économiques ou sociales en particulier; c’est plutôt un esprit qui peut animer et modifier des vies de genres très différents. Loin d’en être réduits à la poursuivre de nos regrets impuissants, nous pouvons, je l’affirme, en faire l’objet de nos résolutions et le but de notre énergie pratique.


Aspirer à la vie simple, c’est proprement aspirer à remplir la plus haute destinée humaine. Tous les mouvements de l’humanité vers plus de justice et plus de lumière, ont été en même temps des mouvements vers une vie plus simple. Et la simplicité antique, dans les arts, les mœurs, les idées, ne garde pour nous son prix incomparable que parce qu’elle est parvenue à donner un relief puissant à quelques sentiments essentiels, à quelques vérités permanentes. Il faut aimer cette simplicité et s’efforcer de la garder pieusement. Mais il n’aurait fait que la centième partie du chemin, celui qui s’en tiendrait aux formes extérieures et qui ne chercherait pas à réaliser l’esprit. En effet s’il nous est impossible d’être simples dans les mêmes formes que nos pères, nous pouvons le rester ou le redevenir dans le même esprit. Nous marchons sur d’autres sentiers, mais le but de l’humanité demeure au fond le même: c’est toujours l’étoile polaire qui dirige le marin qu’il soit embarqué sur un voilier ou sur un bateau à vapeur.

Marcher vers ce but avec les moyens dont nous disposons, voilà la chose la plus importante, aujourd’hui comme jadis. Et c’est pour nous en être souvent écartés que nous avons embrouillé et compliqués notre vie.

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