La Recluse

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Pierre Zaccone

LA RECLUSE

(1882)

Table des matières

PROLOGUE

PREMIÈRE PARTIE
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
DEUXIÈME PARTIE
UN DRAME AU COUVENT
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XIII
XIV
XV

PROLOGUE

Le 25 mars 1851, un charmant aviso gréé en goélette quittait New-
York, vers cinq heures de l’après-midi, et, poussé par une brise
favorable, prenait la mer, toutes voiles dehors.

C’était l’Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine.

La petite goélette faisait partie d’une escadre d’exploration qui,
évoluait sur les côtes d’Amérique; elle avait reçu pour mission
d’aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir
mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et
vive, pour rallier l’escadre et lui apporter les correspondances
attendues.

Le temps était superbe, l’horizon très pur, quoique la brise fût
un peu forte, l’Atalante n’avait pas diminué de toile.

Aussi filait-elle, coquettement inclinée sur tribord, et laissant
derrière elle un long sillage d’écume auquel les rayons du soleil
couchant imprimaient comme un reflet de pourpre.

Presque tous les matelots étaient montés sur le pont et le
commandant lui-même venait de s’accouder aux bastingages pour
embrasser d’un dernier regard le vaste panorama de New-York, qui
allait tout à l’heure sombrer et disparaître dans les flots d’or
de l’horizon.

Cela dura une heure à peu près, au bout de laquelle les premières
brumes du soir commencèrent à flotter dans l’air, pendant que la
brise se mettait à mollir.

L’Atalante se redressa aussitôt, et ne tarda pas à re-prendre
une allure plus calme.

Le jeune lieutenant de vaisseau qui la commandait était un des
officiers les plus distingué des ports de Brest et de Toulon. En
peu d’années, son intelligence, son courage, son sang-froid
avaient appelé sur lui l’attention de ses chefs et les vives
sympathies de ses camarades. Il avait vingt-huit ans à peine et
s’appelait Gaston de Pradelle: ses traits gardaient la vigoureuse
empreinte du hâle de la mer, mais l’expression un peu rude de sa
physionomie était tempérée par l’extrême douceur de deux yeux
mélancoliques et noirs.

Pour ceux qui ne voyaient que la surface, Gaston de Pradelle était
le favori de la fortune! partant, le plus heureux des hommes.

Mais pour les autres, il y avait comme un inconnu chez ce grand
jeune homme, souvent taciturne, dont la lèvre s’égayait rarement
d’un sourire et qui portait sur son front l’ombre de quelque amer
souvenir.

Cependant Gaston de Pradelle était descendu dans sa chambre, et
après avoir donné ses dernières instructions à son second, il
s’était jeté sur sa couchette et s’était livré au sommeil.

Combien d’heures s’écoulèrent dès lors, jusqu’au moment où il se
réveilla? — Il ne chercha même pas à s’en rendre compte.

Tout ce qu’il se rappela plus tard, c’est qu’il fut brusquement
arraché au sommeil par un effroyable craquement qui sembla ouvrir
la pauvre goélette jusque dans ses oeuvres vives, et qu’une
secousse suivit immédiatement, qui coucha l’Atalante sur le
flanc, à la faire chavirer.

Que se passait-il?

Jusque-là, il n’avait rien entendu. Comment la tempête avait-elle
pu se déchaîner avec tant de violence et en si peu de temps?
C’était à n’y rien comprendre.

Il se précipita vers le pont, à tâtons, au risque de se briser le
crâne.

Le vent soufflait de l’arrière et la mer, venant de travers,
occasionnait un roulis épouvantable; de plus, les lames,
embarquant à chaque instant par paquets, avaient fini par éteindre
les fanaux.

C’était la nuit sombre, impénétrable, sinistre.

À grand’peine, Gaston de Pradelle atteignit le pont.

— Est-ce vous, commandant? demanda alors une voix qu’il distingua
à travers les bruits de la tempête.

C’était celle de son second, un jeune enseigne, Maxime de

Palonier.

— C’est moi, oui, répondit Gaston, qu’y a-t-il?

— Un cyclone — un typhon — quel nom donner à cet ouragan,
répondit Maxime; jamais encore je n’ai rien vu de pareil.

— Où sommes-nous?

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